Pour un modèle politique africain qui renoue avec la culture et la tradition

Posted: October 21, 2011 in Advice, General, RD Congo

Author – Amadou Toumani TOURÉ

« Pour comprendre la logique des conflits en Afrique, il convient d’abord de connaître les fondements de la démocratie et d’y réfléchir. En Occident, la démocratie est une philosophie politique individualiste. Elle s’est lentement édifiée sur les ruines de la société de l’Ancien Régime et de ses structures communautaires.

En Afrique, la situation est différente : les structures communautaires sont bien vivantes. Aujourd’hui encore, elles constituent le soubassement des sociétés, même dans les villes. Contrairement à ce que certains pensent, le pouvoir dans l’Afrique traditionnelle ne s’exerçait pas d’une manière tyrannique : il obéissait à des règles, à des coutumes, fondées sur l’équilibre des forces, sur la discussion. Aujourd’hui, on dirait le dialogue. Les rois, les chefs traditionnels n’imposaient rien sans de longues palabres ; ils écoutaient, négociaient, recherchaient toujours le consensus. À la fin, le détenteur de l’autorité tranchait en prenant bien soin de respecter la dignité de chacun et en ménageant les susceptibilités.L’institution de la palabre jouait un rôle de soupape : elle est la forme africaine la plus authentique de démocratie participative.

Contrairement à ce que certains observateurs ont cru y voir, la palabre n’était pas une interminable discussion stérile mais une expression de l’opinion populaire. En se rendant au lieu de palabre, et en y prenant la parole, les hommes affirmaient également leur statut d’hommes libres. Mais le pouvoir ne sortait pas de la palabre : ce n’était ni une assemblée constituante ni une assemblée législative. Le pouvoir n’était pas despotique car, dans la plupart des sociétés traditionnelles, existaient des conseils des anciens, des conseils des sages ainsi que des initiés pour assister le détenteur de l’autorité. Par exemple, chez les Sérères au Sénégal, les maîtres « du feu » furent jusqu’au XIVe siècle les détenteurs du pouvoir ; en Afrique de l’Ouest, chez les Mandés, le chef politique était le Fama, maître des terres et chef de groupe de villages, et la confédération de villages choisissait son Fama, par tirage au sort ; au Nigéria, chez les Ibos, le choix se faisait dans le cadre des classes d’âges. Avec le multipartisme et le suffrage universel, les sociétés traditionnelles africaines ont découvert la démocratie occidentale. Mais l’Afrique ne pourra releverles défis du modèle démocratique qu’en étant elle-même, sans se couper de ses racines, en gardant son identité.

L’Afrique a essayé depuis la décolonisation la plupart des modèles importés de l’extérieur : marxisme révolutionnaire, socialisme, tiers-mondisme, libéralisme…Le retour « à grande vitesse » de la société traditionnelle dans toutes les sphères de la société est la seule chancede l’Afrique. Il faut arriver à concilier les valeurs universelles de la démocratie, qui sont incontournables, avec les institutions de l’Afrique ancienne en les modernisant. C’est ce qu’a fait le Botswana en modernisant l’assemblée des chefs traditionnels qui composentle Sénat, et en conservant ainsi ses racines. »

Comments
  1. jomul7 says:

    Et il est vrai que dans ces palabres, c’est la sagesse qui avait le dernier mot, peu importe la provenance de cette sagesse, que cela soit un enfant ou une femme, et je crois qu’un jour que nous apprenons tous a voir ce que nos traditions ont de beau pour conserver.

  2. This is very interesting! Great information and it is also very well written. I will bookmark and comeback soon.

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